
Situation du 2 mai 1999 à
15 h UTC
L'image
satellite du 2 mai met en évidence une situation météorologique
extrêmement contrastée entre le Nord-Ouest et le
reste de la France. De la Bretagne, côte sud exceptée,
aux Pays-Bas, une masse de nuages bas de type stratus, apparaissant
en jaune sur cette image, apporte un temps gris, brumeux, avec
parfois de la bruine et empêche la température
de monter en cours de journée. De fait, les températures
maximales ne dépassent pas 10 °C au Havre et à
Cherbourg et 12 °C à Brest.
Voir l'image satellite Sur ces régions, c'est
encore l'hiver alors que sur le reste de la France, le soleil
se montre généreux, au moins le matin, avec
des températures qui atteignent :
- 18 °C à Vannes
- 21 °C à La Rochelle
- 27 °C à Bordeaux et à Nîmes
- 25 °C à Marseille
- 23 °C à Nice et à Bastia.
Mais, revers de la médaille, toutes les régions
montagneuses - Pyrénées, Massif Central, Alpes
du Sud, Jura, Morvan, Vosges et Forêt Noire - voient
se développer en cours de journée d'énormes
cumulonimbus. Prenant la forme de boules cotonneuses bien
blanches, ils sont facilement reconnaissables sur l'image
satellite.
De par son extension verticale considérable, le cumulonimbus
peut engendrer tous les phénomènes météorologiques
les plus violents : averses de pluie ou de neige, grêle,
rafales de vent, trombes en mer, tornades sur terre, et notamment
l'orage.
C'est
ce que l'on peut constater en superposant à l'image
satellite tous les impacts de foudre (décharge électrique
entre le nuage et le sol) ayant eu lieu dans les trois heures
précédentes. Les impacts apparaissent sous la
forme d'un carré dont la couleur varie en fonction
de l'heure.
Il y a eu 5 029 impacts au cours des trois heures précédant
le passage du satellite, 1 995 au cours de la dernière
heure et 974 au cours de la dernière demi-heure.
Voir l'image satellite des impacts de foudre au sol
Les impacts positifs (bas du nuage chargé positivement
et surface du sol chargée négativement) sont
plus rares que les impacts négatifs (1 pour 20 environ).
C'est heureux car les impacts positifs sont en général
les plus destructeurs.
Le champ de pression au niveau de la mer, visible en rouge
sur la deuxième illustration, explique la situation
météorologique. Un anticyclone de valeur au
centre supérieure à 1030 hPa, situé au
nord-ouest de l'Irlande, dirige un flux de nord à nord-est
sur la mer du Nord et la Manche. Les vents apportent donc
sur le Nord-Ouest de la France un air frais et humide, qui
forme des nuages de type stratus dans les basses couches de
l'atmosphère.
En revanche, la moitié sud-est de la France n'est
pas affectée par ce flux de nord-est. Elle est sous
l'influence d'une masse d'air plus chaud, plus sec, amené
par des vents de sud en altitude, engendrés par une
lointaine dépression au large de Gibraltar. Cette masse
d'air est instable, c'est-à-dire susceptible de former
des nuages à fort développement vertical. Cette
instabilité vient du fait que la configuration de la
pression et du vent à très haute altitude (vers
8 000 ou 10 000 mètres, à la limite de la troposphère)
est telle qu'elle favorise les mouvements ascendants. Mais,
ici, l'instabilité n'est pas suffisante pour que les
cumulonimbus se forment spontanément à tout
moment et en tout lieu. Il faut une impulsion initiale supplémentaire
pour que l'air s'élève et forme un nuage. Cette
impulsion initiale est donnée à la fois par
l'ensoleillement (l'air au contact du sol s'échauffe,
devient plus léger et s'élève) et par
le relief (sous l'effet du vent, l'air s'élève
le long des pentes).
C'est pourquoi, les orages se forment principalement sur les
reliefs et l'après-midi. En mer, l'absence de relief
pourrait laisser croire qu'il n'y a jamais d'orages. C'est vrai
qu'ils y sont beaucoup plus rares qu'à terre, surtout
au printemps où l'eau est encore froide. Néanmoins,
il y en a de plusieurs types. Tout d'abord, les orages formés
sur les reliefs ont une vie propre de quelques heures. Sous
l'effet des vents d'altitude, les orages peuvent alors déborder
en plaine et en mer. Ce type d'orage est fréquent sur
la côte méditerranéenne bordée de
reliefs. Il arrive aussi que l'instabilité (c'est-à-dire
le forçage par les conditions en altitude) soit suffisamment
forte pour que les orages se forment au large.
Enfin, les orages dits "frontaux" peuvent se former
n'importe où, sur terre, comme loin au large. Dans ce
cas, c'est un effet de convergence des vents dans les basses
couches, causée par un front, qui donne l'impulsion nécessaire
à la formation des cumulonimbus. Ces derniers sont alors
alignés à l'avant du front et progressent avec
lui. |